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PARTIE I : AU BOUT DU HALL, A DROITE 07/06/2016

Harry
 
Je termine de remplir mon sac de voyage et vérifie que j'ai bien pensé à prendre mon passeport, mon portefeuille et mon portable.
Je pars à Los Angeles ce soir par le dernier vol de la journée et je suis impatient. Impatient de retrouver ma maison mais aussi le soleil et la chaleur de la Californie. Depuis quelques jours, Londres se noie sous des trombes d'eau, et pourtant nous sommes au mois de juin.
Gemma est venue me rejoindre à l'appartement afin de m'amener à l'aéroport. Elle prépare du thé quand je descends mon sac et ma veste que je dépose sur le canapé.
 
 - Tu as tout ce qu'il te faut ? Ton passeport, ton chargeur ?
 - Ah putain, mon chargeur ! Merci de m'y avoir fait penser.
 
Je remonte rapidement l'escalier et récupère mon chargeur sur la commode dans ma chambre.
 
 - Voilà cette fois j'ai tout, dis-je en m'asseyant au comptoir de la cuisine.
 - Tiens, fais attention c'est chaud, me dit Gemma en déposant la tasse de thé devant moi.
 
Je prends la tasse dans mes mains et hume le parfum du thé. La fleur d'oranger s'infiltre et me détend.
Même si j'ai désormais l'habitude de voyager et de faire des allers-retours entre Londres et Los Angeles, j'ai toujours une petite appréhension avant de monter dans l'avion. Laisser ma famille ici ne m'a jamais beaucoup plu mais ni ma mère ni ma s½ur n'ont voulu m'accompagner.
Elles ne cessent de me dire que je suis un homme et que je peux vivre sans elles. Je crois surtout que ce sont elles qui peuvent vivre sans moi et au fond c'est ce qui m'attriste.
 
Rapidement, je m'aperçois que le temps passe vite et qu'il est temps pour Gemma et moi de prendre la route de l'aéroport.
Veste sur le dos, bonnet sur la tête et sac à la main, je ferme la porte de mon appartement. Gemma m'attend dans la voiture, la musique résonne malgré la pluie battante et les vitres fermées.
 
Après environ 20 min de route, nous rejoignons l'extérieur de Londres et près d'une demi-heure plus tard, nous atteignons l'aéroport.
 
J'aime les aéroports et cette sensation de bien-être qui s'en dégage. Je m'imagine toujours des histoires sur les personnes que j'y croise, me demandant où elles partent ou d'où elles reviennent. Je pense toujours que les gens sont heureux dans les aéroports parce que c'est synonyme de voyages, de vacances. Bien sûr, il y a toujours les hommes d'affaires pressés qui circulent avec leur sacoche à la main et le portable à l'oreille pour me ramener à la réalité et un peu à la mienne d'ailleurs.
 
Je pars à Los Angeles pour travailler. J'ai plusieurs chansons à enregistrer et mon manager à réserver un studio pour demain. Aussi, à peine arrivé, je vais devoir aller travailler.
J'adore mon métier alors c'est loin d'être une corvée. Mais le voyage est long et j'ai toujours du mal à m'endormir en avion. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi le dernier vol de la journée. Avec un peu de chance, je vais pouvoir trouver le sommeil.
 
Après avoir fait enregistrer mon bagage, Gemma m'embrasse devant la zone d'embarquement et me quitte d'un dernier salut de la main, tandis que je tends mon billet à l'hôtesse. Je me dirige vers la salle d'attente quand une voix nous annonce que le vol est retardé à cause des intempéries.
 
Et là, je maudis Gemma de m'avoir préparé du thé juste avant de partir. Une envie pressante me prend et les toilettes sont à l'autre bout du hall.
 
 
 
Louis
 
 - Mais putain, je t'avais dit que je ne voulais pas y aller. J'en ai rien à foutre qu'ils m'attendent tous là-bas. J'ai pas envie de les voir après ce qu'il s'est passé....
 - Louis, écoute, ça fera plaisir à tes s½urs de te voir. Tu ne peux pas les priver de ce bonheur juste parce que tu t'es disputé avec ton père et sûrement pour des conneries !
 - Mais ça me regarde, tu n'avais pas à acheter un billet d'avion dans mon dos et faire genre on part en week-end pour que je prenne quelques jours de congés et que je prépare un sac d'affaires...
 
Je suis tourné vers la vitre de la voiture et je peste. Je peste depuis 20 min que nous avons quitté la capitale pour nous rendre à l'aéroport. Dans mon dos, Liam a réservé le dernier vol de la journée pour Los Angeles pour que je rejoigne ma famille, réunie pour l'anniversaire de mon grand-père.
 
La vérité ce n'est pas le désaccord que j'ai avec mon père qui a décidé de s'installer à Los Angeles et ouvrir un restaurant en embarquant femme et enfants loin de moi, qui doit finir ma licence en littérature. Non, c'est ma peur irrationnelle de l'avion qui me retient et me fout en rogne. Contre Liam, contre mon père, contre cette pluie qui ne cesse de tomber depuis des jours sur Londres.
 
Liam s'arrête au dépose minute pour me permettre de descendre et d'aller enregistrer ma valise. Pendant ce temps, il part garer la voiture et me rejoins pour attendre l'embarquement avec moi. Enfin, je crois qu'il veut surtout s'assurer que je vais monter dans ce putain d'avion.
 
La pluie est tellement forte que le vol est retardé.
 
 - Tu vois c'est un signe que je ne dois pas partir !
 - Mais arrête tes conneries 5 min enfin... Ça arrive tout le temps que les vols soient retardés. Tu pars à Los Angeles, tes s½urs seront ravies. Tu vas prendre le soleil et ça va te faire le plus grand bien. Tu restes enfermé dans ta bibliothèque pendant des heures. T'es tellement blanc que parfois je me demande si j'ai pas un vampire pour meilleur pote.
 - T'es con... tu le sais ?
 - Ouais mais tu verras tu me remercieras !
 - N'y compte pas, j'ai ma fierté quand même...
 
Liam me donne une tape sur l'épaule et on éclate de rire. Ça n'empêche que je ne suis quand même pas rassuré de monter dans ce maudit avion.
 
Liam m'accompagne jusqu'à la zone d'embarquement où il me laisse seul face à mon triste sort.
 
 - Allez ça va bien se passer. Tu me textote dès que tu atterris, OK ?
 - OK OK !
 
Je souffle et sers mon meilleur pote dans mes bras. Liam met fin à l'étreinte.
 
 - C'est bon mec, on va se revoir... Tu pars une semaine. Relax !
 
Sur ce il tourne les talons et sort de mon champ de visions. Me voilà seul et bloqué en zone d'embarquement. Difficile de faire demi-tour maintenant.
Je m'installe en salle d'attente et sors l'un des livres que je suis en train de dévorer en ce moment. J'ai bientôt terminé mes études et une fois diplômé, j'espère bosser dans une librairie. Londres est pour moi l'endroit idéal pour exercer ce métier, parce que c'est une ville bourrée d'histoire. Je ne me vois pas vivre à Los Angeles où tout me semble surfait, sans aucun intérêt. Je suis quelqu'un de réservé, qui aime lire et cocooné dans le canapé avec une bonne tasse de thé.
 
D'ailleurs, je ne sais pas si c'est le thé que je viens de boire avec Liam ou la peur qui s'insinue de plus en plus en moi qui me donne une soudaine envie de pisser.
Je regarde autour de moi et constate que les toilettes sont au bout du hall à droite. Je me lève et distingue un type avec un bonnet sur la tête qui traverse le hall à grandes enjambées. Un bonnet à l'intérieur... Un Américain à tous les coups.
 
Harry
 
Je traverse le hall et rejoins rapidement les toilettes pour hommes.
Après m'être lavé et séché les mains, je m'apprête à sortir quand quelqu'un pousse la porte avec force et manque de m'assommer avec.
 
 - Aïe... Merde mais vous pouvez pas y aller un peu plus doucement en ouvrant la porte ?
 - Désolé, vraiment ! Ça va ?
 - Bah non, ça va pas, je viens de me prendre la porte en pleine tête !
 - J'suis désolé...
 - Ouais, bah c'est pas le tout d'être désolé... Putain ! Ça m'énerve
 - Hey c'est bon, j'ai pas fait exprès ! Je me suis excusé. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?
 
Je lève enfin les yeux sur mon « agresseur ».
Il doit avoir à peu près mon âge, peut-être un peu plus vieux et semble réellement désolé. Mais merde, je me suis pris la porte en pleine face et ça me lance dans le front. Je suis sûre que je vais avoir une bosse comme un gamin de 5 ans qui s'est pris une gamelle en vélo.
Je me recule pour permettre au jeune homme de rentrer dans la pièce.
 
 - Pardon, ça va. Désolé mais sur le coup ça fait vraiment mal. Désolé de m'être emporté.
 
Il se met à rire.
 
 - Quoi ? Sympa, vous me foutez la porte en pleine tête et finalement c'est moi qui m'excuse. Et ça vous fait rire ?
 - Non non c'est pas ça, dit-il en riant de plus belle. Mais... Euh...
 - QUOI ?
 - Bah je vous ai pas raté et vous avez une bosse...
 
Je me retourne vers le miroir et découvre mon front rougis par le choc et la bosse apparaît !
Bizarrement, j'éclate de rire à mon tour et on se retrouve à rire au milieu des toilettes comme deux gosses.
 
 - Je suis vraiment désolé, reprend-il. Tu devrais te passer de l'eau fraîche dessus pour que ça dégonfle.
 - Je suis pas sûr que ça fasse beaucoup d'effet. Il faudrait pas plutôt mettre un genre de crème ?
 - Bah tel que tu me vois là, je suis pas nounou. Donc je me trimballe pas une trousse de secours sur moi !
 
Je le regarde à nouveau et le petit éclat dans ses yeux quand il est amusé m'interpelle. Je lui souris. En fait, la majeure partie du temps, les jeunes de son âge me reconnaissent direct, mais lui ne semble pas du tout savoir à qui il a à faire.
Et parfois, ça fait du bien... d'être considéré comme une personne normale.
 
 - Et bien c'est dommage. Et vu comme tu entres dans les pièces, tu devrais te balader avec ce genre de trousse sur toi dorénavant. Histoire de réparer tes conneries !
 - Oh allez ça va... C'est une bosse tu devrais pas en mourir...
 - Harry...
 - Pardon ?
 - Je m'appelle Harry.
 - Louis, enchanté...
 - Enchanté je sais pas.... Je lui réponds avec un petit sourire.
 
Le Louis en question est plutôt séduisant, plus je le regarde et plus je le détaille.
Il est plus petit que moi, châtain aux yeux d'un bleu magnifique. Quand il sourit, il a ces petites rides au coin des yeux qui lui donnent un charme fou. Il est vêtu simplement, slim noir et T-shirt avec des Vans.
 
 - Bon bah excuse-moi, mais à la base j'étais pas venu pour faire la causette, alors....
 
Et il s'enferme dans le toilette derrière lui.
 
Je reste là à me regarder dans le miroir. Mon sang cogne dans la bosse qui semble grossir à vue d'½il. Il n'y est pas allé de main morte... Un brin stressé Louis ?
Je prends plusieurs serviettes et les passent sous l'eau fraîche. Ça ne peut pas me faire de mal. Et bien au contraire, la sensation est agréable.

07/06/2016

Louis
 
Non mais quel abruti... Je suis tellement stressé que j'ai défoncé la porte pour entrer dans les toilettes et par la même occasion j'ai défoncé la tête de ce gars !
Je suis rouge de honte enfermé dans le toilette. Je crois que j'ai réussi à me contenir tout le temps qu'il me parlait parce qu'il a commencé par m'agresser. Mais là tout mon corps semble me lâcher entre le stress de prendre l'avion et la tension qui s'est installée en moi quand il a commencé à me sourire...
Putain, ce mec est trop sexy... Et pourtant il porte un bonnet à l'intérieur de l'aéroport.
Son sourire est juste magnifique et dévoile une fossette adorable sur sa joue gauche. J'ai cru défaillir quand il s'est présenté à moi... Et moi qui amoche son si beau visage.... Mais quel abruti... !
 
J'entends l'eau coulé et Harry poussé de petits gémissements. Il doit écouter mes conseils et se passer de l'eau fraîche sur la bosse que je lui ai infligée.
Et moi, je vais bien devoir sortir des toilettes, mais là, je m'en sens incapable. Pourtant il faut bien, sinon il va finir par croire, soit que je fais la « grosse commission » soit que je suis malade... Dans les deux cas, c'est pas glamour !
 
Je tire la chasse et pousse le loquet de la porte.
 
 - Attention je sors... évite de te trouver derrière la porte, je crie à travers celle-ci
 - Je me tiens suffisamment éloigné pour que tu ne m'atteignes pas cette fois-ci.
 
Ouf, il semble plus détendu et prend la chose au second degré. Je me décide à sortir.
Je me dirige devant les lavabos et me poste à côté de lui. Je l'ai vraiment pas raté.
 
 - Ça va, je lui demande.
 - Ouais ouais, ça va ! T'inquiète. Et toi ?
 - Bah oui, pourquoi ?
 - Je sais pas, je me disais que pour entrer si brutalement dans les toilettes d'un aéroport, tu ne devais pas te sentir très bien.
 - ....
 - En colère ou stressé ?
 
Je n'ose pas trop lui répondre. Je le connais pas et je ne me vois pas m'épancher sur mes problèmes de stress aérien...
Il me regarde droit dans les yeux et lève un sourcil interrogateur. Putain, il me déstabilise. Ce mec a un charisme énorme et je m'entends lui répondre :
 
 - Stressé... Je déteste prendre l'avion.
 - Ah ! Tu pars où ? Ou peut-être que tu rentres ?
 - Non je pars. A Los Angeles. Je rejoins mes parents et mes s½urs. Et toi ?
 - Pareil. Je pars. A Los Angeles. Pour le boulot.
 - Tu es d'ici alors ?
 - Oui pourquoi ?
 
Il me regarde, surpris.
 
 - Bah c'est débile, mais vu ton style, je pensais que tu étais américain.
 
Je lui réponds en le détaillant d'un regard des pieds à la tête pendant qu'il éclate de rire.
En plus de son bonnet toujours vissé sur sa tête, il porte un jean slim noir avec une chemise noire et blanche, dont la moitié des boutons seulement est fermée. Ça laisse d'ailleurs entrevoir quelques tatouages mais je ne m'y attarde pas, de peur de rougir !
 
 - Bah non, vois-tu je suis Anglais, de sang et de c½ur. Mais je vais souvent à LA. Au moins il y a le soleil... Et en ce moment on en manque cruellement.
 
Je ne peux pas le contredire sur ce point. Je me hisse sur les lavabos et m'assoie pendant qu'il termine de tamponner sa bosse.
 
 - Vraiment je suis navré. Mais je crois que ça ne sert à rien ce que tu fais.
 - Ouais, c'est ce que je me dis aussi. Alors tu rejoins ta famille ? Comment se fait-il qu'ils soient tous partis et toi toujours ici ?
 - Mon père a ouvert un petit restaurant là-bas. Mais moi, je dois finir mes études et j'aime Londres. Vraiment...
 - Qu'est-ce que tu étudies ?
 - Littérature... en général. J'aimerai bosser en librairie.
 - Tu écris ?
 - Non... Enfin pas vraiment. Ça m'arrive de coucher quelques idées sur papier mais rien de très glorieux.
 - Ok
 
Il me regarde de ses yeux verts... Un petit sourire en coin, un brin provocateur.
 
 - Et toi, alors, pour le boulot ? Tu fais quoi ?


Harry
 
Je ne sais pas quoi lui répondre. J'ai envie que ce moment où je suis « normal » dure alors je reste évasif.
 
 - Dans l'événementiel... j'ai des réunions pour l'organisation de spectacles, entre autres.
 - Sympa ! C'est pas un peu superficiel comme milieu ?
 - Euh... Non... Enfin ça doit dépendre des gens avec qui tu bosses. C'est beaucoup une question de confiance. Il faut réussir à se faire entendre, à faire respecter sa volonté et faire accepter ses idées.
 - Tu aimes ce que tu fais ?
 - Oui beaucoup...
 
Et comment ! J'ai envie de lui répondre mais je m'abstiens et espère que l'on aborde un autre sujet.
 
 - Ça se voit, me répond-il
 - Et tu restes combien de temps ? J'enchaîne
 - Une semaine. Je veux pas louper trop de cours et j'ai un stage à trouver pour valider l'un de mes modules.
 
On continue de discuter pendant quelques minutes puis mon portable sonne et interrompt notre conversation. C'est mon manager et je ne peux pas louper l'appel alors j'indique à Louis que je dois répondre.
 
 - Allo ?... Ouais quitte pas 2 minutes...
Ravi de t'avoir rencontré Louis. Je pense que je vais m'en souvenir pendant quelques jours, je lui dit en pointant mon front avec mon index.
 - Ouais encore désolé... Bon voyage alors.
 
Nous sortons en même temps des toilettes et rejoignons nos places dans la salle d'attente. L'annonce de l'embarquement se fait entendre.

PARTIE II : VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT ET TURBULENCES 08/06/2016

 
Louis
 
Je tends ma carte d'embarquement à l'hôtesse et parcours le long couloir qui mène à l'avion. Je m'installe à mon siège, côté hublot et je sens déjà l'angoisse monter. Au moins, la petite conversation que j'ai eu aux toilettes avec Harry m'a permis de me changer les idées. Mais là, mes angoisses remontent et mon corps commence à trembler. Le pire, c'est que ma voisine est une gamine de 7 ans qui est surexcitée à l'idée de prendre l'avion et qui ne cesse de gigoter sur son siège ; sa mère légèrement dépassée.
 
L'avion commence sa course sur la piste et met les gaz pour décoller. J'agrippe les accoudoirs de mon fauteuil et essaye de faire ces exercices de respirations que Liam m'a conseillés.
Au bout d'une dizaine de minutes, l'avion a quitté le sol et j'ai l'impression de me liquéfier sur place. Je déteste vraiment l'avion.
Je mets mes écouteurs et ferment les yeux, espérant dormir pendant le vol qui doit durer 11 heures... Non mais quelle galère....Pfff
 
Au bout de ce qui me semble 10 minutes, la gamine a côté de moi me réveille en sursaut en poussant un cri aigu, tellement prise dans son jeu vidéo.
Je regarde le petit écran dans mon siège et constate que nous sommes au-dessus de l'Atlantique. On se rapproche de la côte Est des États-Unis. Le voyage est loin d'être terminé mais quelque part je suis ravi d'avoir parcouru quasiment la moitié du chemin.
Soudain, le signal indiquant que les passagers doivent attacher leur ceinture clignote et la voix de l'hôtesse raisonne dans l'appareil : « Mesdames et Messieurs, nous entrons dans une zone de turbulences. Merci de rester à vos places, de replacer votre tablette et d'attacher votre ceinture jusqu'à l'arrêt du signal »
 
Et merde, c'est vraiment ma veine. Mes mains deviennent moites et je sens une boule se former dans ma gorge. Finalement qu'il reste encore la moitié du chemin à parcourir me désespère. L'avion commence à être secoué et j'ai le sentiment que je ne vais pas survivre à ce vol.
 
 
Harry
 
Je suis assis confortablement dans mon fauteuil en classe affaire. L'hôtesse qui m'a proposé une coupe de champagne me regarde avec insistance et je ne sais plus quoi faire. Je me tourne vers le hublot et prends mes écouteurs afin de m'isoler. Je récupère mon carnet et un stylo dans mon sac et commence à griffonner quelques mots. Peut-être le début d'une nouvelle chanson. J'ai un air qui me trotte dans la tête depuis le début de la soirée. J'aimerai bien que l'idée se concrétise.
Bien sûr, je ne parviens pas à m'endormir et je me dis que les essais au studio d'enregistrement en arrivant risquent de ne pas être productifs.
En arrivant près de la côte Est, nous traversons une zone de turbulences. Je me mets à penser à Louis que m'a dit avoir peur de l'avion. Je me demande comment il gère la situation. Moi, je prends tellement l'avion, que finalement je n'y prête plus attention.
Quand le signal nous autorise à circuler dans l'avion, je décide de me dégourdir les jambes. L'avion est calme. Beaucoup des passagers sont assoupis sauf une gamine qui semble montée sur ressort. Je plains ses voisins.
 
Je m'arrête devant les toilettes mais me stoppe voyant qu'ils sont occupés. J'attends quelques instants. Mais les minutes passent et la personne ne semble pas décidée à sortir.
Je frappe :
 
 - Est-ce que ça va ?
 
 
Louis
 
Je suis enfermé dans les toilettes entre la classe affaire et la classe éco depuis 10 bonnes minutes. J'ai eu du mal à supporter les turbulences et dès qu'on a pu détacher les ceintures, je me suis levé précipitamment et me suis dirigé vers les toilettes. Ceux du fond de l'avion étant occupé, je me suis dirigé vers l'avant de l'appareil.
Quelqu'un toque à la porte. Merde on peut pas être tranquille. Et d'un seul coup, une voix m'interpelle. Cette voix. Je me dis que c'est impossible. On ne peut pas se croiser encore une fois aux toilettes.
 
 - Est-ce que ça va ? Je l'entends répéter
 
Et là, je tire le loquet et ouvre doucement la porte.
 
  - Non, c'est pas vrai ! Louis ! Me dit-il tout sourire pendant que moi j'essaie de ne pas vomir mes tripes à cause du stress
 - Ohlala tu n'as pas l'air bien, enchaîne-t-il.
Et voyant que je ne me décide pas à sortir, il se glisse dans l'étroite pièce.
 - Louis, ça va ?
 - Non, j'en peux plus de ce voyage. En plus les turbulences, c'est pas possible, là...
 - Pourquoi tu prends pas un calmant quand tu sais que tu dois faire un si long voyage ?
 - Bah j'en sais rien moi. J'ai pas l'habitude de voyager.
 
Il me tend une serviette en papier imbibée d'eau. Je lève les yeux vers lui, interrogateurs.
 
 - L'air de rien, tout à l'heure ça m'a fait du bien... ça peut peut-être te soulager un peu
 - Merci.

Je commence à sortir de la cabine pour lui laisser la place mais il me retient. Le contact de sa main sur mon bras me fait frissonner.
 
  - Attend Louis, je... euh... Attend
 - Ok
 
Et je le vois s'éloigner, me plantant au milieu de l'allée, la serviette humide dans les mains.
Au bout de quelques minutes, il revient un petit sourire aux lèvres.
 
  - Le siège à côté du mien est libre et j'ai la cote avec l'hôtesse... Alors si tu veux on finit le voyage ensemble. Ça passera plus vite pour nous deux...?
 - Bah je sais pas.
 - Ne réfléchis pas. C'est qu'un siège dans un avion, tu sais...
 - Bon bah Ok. Je récupère mes affaires.
 - Je t'attends là.
 - Je t'aurais retrouvé, même à ta place, je plaisante...
 
Et là, il me refait le sourire fossette. Heureusement que l'avion est faiblement éclairé parce que de pâle je dois passer à rouge...
 
Je me dirige vers ma place et constate que la gamine s'est maintenant étalée sur mon siège. Je prends mon sac, mon livre et mes écouteurs et me dirige vers la classe affaire. Harry me fait signe depuis son siège. Putain ! Ça n'a vraiment rien à voir avec la classe éco. Les sièges ont l'air extrêmement confortable et l'espace entre chacun est monstrueusement grand. Harry doit avoir un très bon poste dans sa boîte pour voyager en première, malgré son jeune âge car je suppose que nous avons à peu près le même.
 
L'hôtesse s'approche de moi et prend mon sac qu'elle dépose dans le coffre au-dessus de nos sièges et me propose quelque chose à boire. Je prends volontiers un thé. Harry en commande un pour lui avec quelques biscuits.
Je suis dans un autre monde. Je me détends et profite de l'instant. Je suis pas prêt de revivre ce genre de situation dans ma vie.
 
Harry et moi discutons, de tout et de rien et surtout de moi et de Londres finalement. Harry est très discret sur sa vie mais l'attention qu'il me porte est vraiment agréable. Je lève les yeux sur sa bosse qu'il a camouflée avec son bonnet, qu'il n'a toujours pas quitté.
Les heures passent et malgré l'heure tardive pour nous, le soleil commence vraiment à inonder l'avion. Nous approchons de Los Angeles.